SERIE 01

Ce projet naît d’un paradoxe : celui du corps tangible traversé par des émotions immatérielles. Tous deux communiquant en permanence, l’un influençant l’autre au gré du tumulte de l’existence. Paradoxe aussi, entre les matières utilisées pour cette série de dessins, le liner noir côtoyant la laine Saint-Pierre, dans un dialogue intime. Tel est le fil conducteur des Écorchés.

Inspiré par les anciennes gravures anatomiques nommées « écorchés », ce corps privé de peau offert au regard, les œuvres présentées détournent son origine. Ici, l’anatomie n’est pas abordée comme un sujet d’étude scientifique, mais comme un langage sensible conférant aux muscles la faculté de montrer l’émotion, devenant des formes palpables d’états d’être, d’ordinaire invisibles.

Chaque œuvre sonde un instant d’intense fragilité, colère, déni, névrose,  dépression, emprise etc. Ces émotions ne sont pas représentées comme des diagnostics mais comme des expériences corporelles manifestes et observables. Le corps devient le lieu où l’émotion exhibe pleinement son existence.

La laine Saint-Pierre est la clé de voûte des Écorchés. Elle évoque à la fois la fibre musculaire et traduit métaphoriquement la blessure, la vibration corporelle, la sensation physique que procure l’émotion. L’encre façonne le corps, la laine révèle ce qui l’accable.

Volontairement dépouillés de décor, de vêtement et d’accessoire les corps sont isolés dans un espace nu. Cette absence de contexte maintient l’attention sur l’essentiel.

Les Écorchés donnent une forme à ce qui n’en a pas, en proposant une confrontation entre la beauté anatomique et le trouble intérieur, entre la peau et ce qu’elle cache, entre le trait et le modelage, entre l’encre et la fibre.